L'attente...

Je n’ai pas posé ce sac ici par hasard.
J’ai exhibé cette étrange panoplie en pensant qu’elle te rendrait suffisamment perplexe pour susciter ta curiosité.
Mais tout est resté accroché à la fenêtre,
notre voyage demeure immobile ;
et ces objets,
là,
me scrutent depuis la transparence que tu n’as pas saisie,
en affichant des airs interrogateurs auxquels j’ai préféré répondre
en vérifiant mes contours, en créant une contorsion pour surprendre ma peau, la voir sans qu’elle ne s’en aperçoive (un peu comme je voulais que tu le fasses).

Alors, j’ai fouillé ma vie, recensant les choses et les symboles qui la peuplent pour y trouver une pertinence. La géographie de mon appartement me situe si bien.

J’ai esquissé en ton absence des gestes que je voulais te voir déployer
et des gestes dont je voulais t’entourer.

Je me suis mise à ta place en t’imaginant te mettre à la mienne, spectateur de mon existence, réinventant la scénographie de mes décors naturels
et j’ai vérifié encore une fois mes contours.

J’ai donné à la lumière ce que mes gestes faisaient de plus doux.

J’ai même observé la flétrissure pour chasser ma vanité
et repulpé mes contours comme une éternelle gamine traquant la femme en elle.

Je t’attendais,
réfugiant ma féminité dans cette attente de courtisane prématurément déchue
gardant derrière mes lèvres l’intangible part de mon être que tu ne toucheras jamais de tes mains trop vraies.

Oui, je t’attendais
diaphane et hiératique
couvant tant bien que mal l’épuisement et l’acharnement que mélangeait cette attente

Mais,
je ne sais pas si tu es venu.

(Texte : Laureen Parmentier)